Anna-Eva Bergman avait déjà exposé une fois chez Blomqvist avant la guerre, elle n’est donc pas débutante. Elle est également connue comme illustratrice de livre. Mais à l’exposition qui ouvre demain à la Société des Jeunes Artistes, le public ne reconnaîtra certainement pas celle qui a écrit et illustré
Turid en Méditerranée, ou qui fit des illustrations de nouvelles dans Vogue et Saturday Evening Post. Anna-Eva Bergman a passé toute sa vie à voyager, a étudié à Paris, à Vienne, – oui, presque partout en Europe de l’Ouest. Elle a fui l’Allemagne hitlérienne et l’Espagne franquiste, et a été poursuivie comme artiste dégénérée. À partir de 1947, elle trouve enfin un peu de calme pour peindre, et le résultat en est cette exposition individuelle. Aucune des 30 toiles –aquarelle et tempera– ne porte de titre. Le public ne doit pas s’attendre à quelque chose de naturaliste, ni chercher quelque chose bien défini. Anna-Eva Bergman a une sainte horreur des écoles et des tendances. Elle a trouvé son inspiration chez les grands maîtres (classiques), mais cela lui semble un peu paradoxal de dire cela. Et en ce qui concerne son art, on ne doit en aucun cas parler d’art abstrait. L’art abstrait ne signifie rien, au besoin, on peut dire art d’abstraire. Anna-Eva Bergman a beaucoup appris de son beau-père, l’architecte Christian Lange, qui travaillait avec Macody Lund sur « Ad Quadratum ». – D’une certaine manière, elle poursuit dans sa peinture l’oeuvre de Macody Lund, explique Bjarne Riise qui participe à l’accrochage.
Traduction du norvégien au français Marie Vourc’h, 2004