Sous la direction scientifique d’Anne Picq et de Thomas Schlesser.
Dans la continuité du colloque Art et handicaps – Création, perception et représentations de la Renaissance à la période contemporaine, qui s’est tenu à Paris les 3 et 4 décembre 2025, la Fondation Hartung-Bergman inaugure un programme de recherche interdisciplinaire de deux ans (2026-2027) consacré à cette thématique.
Ce programme repose sur une ambition fondatrice : considérer le handicap comme une force créatrice et un moteur d’innovation artistique, plutôt que comme une limite ou un empêchement.
Situé à l’intersection de l’histoire de l’art et des Disability studies (études du handicap), il entend ainsi contribuer à déplacer certaines lignes de narration qui ont pu dominer l’histoire de l’art. En effet, ces récits, hégémoniquement validistes, passent souvent sous silence la manière dont certains créateurs ont intégré leur handicap à leur pratique – à l’instar du peintre Hans Hartung, amputé de la jambe droite lors de la Seconde Guerre mondiale.
Le colloque Art et handicaps organisé par la Fondation Hartung-Bergman, en partenariat avec l’Institut national des jeunes aveugles (INJA-Louis Braille) et l’Institut national d’histoire de l’art (INHA), a permis d’initier un travail collectif réunissant une pluralité de perspectives. Les échanges ont notamment souligné que les liens entre art et handicaps demeurent encore peu explorés dans le champ académique et nécessitent de consolider, notamment en France, une approche interdisciplinaire entre histoire de l’art et Disability studies.
Dans cette perspective, le programme de recherche vise à approfondir les pistes ouvertes lors du colloque. En 2026, la Fondation organisera plusieurs séminaires afin d’examiner la complexité des relations entre art et handicaps du point de vue de la création, des représentations, de la perception et de la réception des œuvres. En 2027, ces réflexions se matérialiseront à travers des publications et des productions au format varié (podcast, documentaires, etc.).
Axes de recherche
L’enjeu consiste à comprendre comment, dans la diversité des expériences vécues, les handicaps peuvent concourir au processus créateur, à rebours d’une vision validiste, stigmatisante ou réductrice, autant que d’une appréciation romantisée du handicap. Pour contribuer à l’émergence de nouveaux regards et de nouveaux récits, il s’agit donc d’interroger les mécanismes qui ont conduit à l’invisibilisation de ces expériences, tout en analysant comment les arts peuvent constituer un levier d’affirmation ou d’émancipation.
Plusieurs pistes de réflexion seront privilégiées, alliant approches historiographiques, méthodologies, perspectives critiques et narrations.
Le programme biennal favorisera la constitution d’études de cas consacrées à des artistes, de la Renaissance à la période contemporaine, dont l’œuvre a été traversée d’une manière ou d’une autre par le handicap et/ou la neurodiversité. Ces recherches concerneront aussi bien les arts plastiques (peinture, sculpture, dessin, photographie, installation, etc.) que la littérature, la poésie, le cinéma, la musique et les arts vivants.
Elles pourront porter, par exemple, sur Auguste Renoir, Rebecca Horn, Jean-Michel Basquiat, Edvard Munch, Diane Arbus, Nicolas Poussin, Sarah Biffin, William Ernest Henley, Carol Rama, Jean Hélion, Rodolphe Töpffer, Frida Kahlo, Henri de Toulouse-Lautrec, Georgia O’Keeffe, Blaise Cendrars, Louis Joseph César Ducornet, Dorothea Lange, Ludwig van Beethoven ou Bedřich Smetana. Des propositions concernant des artistes moins étudiés, sur des contextes extra-européens, qu’ils soient historiques ou contemporains, apparaissent fondamentales et sont particulièrement attendues.
Ces recherches impliquent la constitution de corpus, la contextualisation historique des œuvres et une relecture critique des biographies, afin d’interroger précisément le rôle des handicaps et leur agentivité dans les processus créatifs. Les dimensions sociales et symboliques des représentations seront également examinées.
Le programme scientifique Art et handicaps permettra de s’interroger sur la possibilité d’appliquer les perspectives des Disability studies à l’histoire de l’art. Il s’agit plus précisément d’examiner comment les apports de cette discipline peuvent contribuer aujourd’hui à l’analyse d’objets historiques, de la Renaissance à la période contemporaine.
Plusieurs questions guideront ces réflexions collectives :
- Pourquoi les handicaps sont-ils et ont-ils été marginalisés dans l’histoire de l’art ?
- Comment les récits dominants ont-ils été construits ? Quels sont les mécanismes d’exclusion ou le spectre normatif qui ont conduit à l’invisibilisation de certains artistes ?
- Peut-on réévaluer l’œuvre d’une ou un artiste à l’aune de son ou ses handicap(s) ?
- Faut-il combler l’absence de « grandes figures modèles » ou au contraire déconstruire ces mythologies, pour prévenir le risque d’une héroïsation de certains artistes en situation de handicap ?
- Que peuvent apporter d’autres disciplines telles que les neurosciences, la sociologie, la philosophie, les Gender studies, dans leurs perspectives et leurs méthodologies ?
- Comment construire un langage et un récit communs relatifs aux handicaps, perçus comme moteurs d’innovation ?
Ces recherches pourront aborder le rôle des images et des archives, la place du corps et des sens, le concept d’agentivité, la question des normes, l’interprétation ou la réception des œuvres, ou encore les espaces de création et de présentation des artefacts.
Objectifs et perspectives
En créant une communauté de recherche et une plateforme d’échanges et d’alliances réunissant des spécialistes en situation de handicap et non, l’objectif est de contribuer à transformer les représentations et les discours sur les handicaps visibles et invisibles.
Ce travail sera à même de nourrir certaines pratiques professionnelles contemporaines : approches curatoriales, conception de projets culturels selon la notion d’access aesthetics, architecture et scénographie, médiation et interprétation des œuvres, autant que politiques d’accessibilité et de participation des publics. Il s’agit, notamment en France, de promouvoir une vision plus large et stratégique de l’accessibilité.
Contributions
Dans cette perspective, la Fondation Hartung-Bergman vise à rassembler une diversité de chercheuses et chercheurs travaillant dans les champs de l’histoire de l’art et/ou des Disability studies. Les personnes intéressées sont invitées à soumettre un sujet de recherche en cours (une page maximum) accompagné d’un CV ou d’une courte biographie, en français ou en anglais. Les propositions émanant de doctorantes et doctorants, post-doctorantes et post-doctorants, en particulier celles et ceux directement concernés par le handicap, sont vivement encouragées.
Pour toute information ou pour soumettre une contribution, merci d’adresser un email à l’adresse communication@fondationhartungbergman.fr, en indiquant dans l’objet de votre message : « Programme de recherche Art et handicaps – à l’attention d’Anne Picq et de Thomas Schlesser ».
Retrouvez le programme complet du colloque des 3 et 4 décembre 2025 ici.