Exposition – « Les voix de leurs œuvres », du 4 mai au 26 septembre 2026, Fondation Hartung-Bergman

Des œuvres d’art – celles de Hans Hartung ou d’Anna-Eva Bergman en particulier – on voudrait croire qu’elles existent seules, en elles-mêmes, comme de purs agencements de lignes, de masses et de couleurs, indépendants de tout contexte. L’idée séduit : elle ferait de la toile ou du papier un objet autosuffisant et silencieux. Cet absolu relève pourtant d’une fiction. Toute création comporte sa part d’adresse. Elle se propose à un regard, et ce regard n’arrive jamais vierge. De sorte qu’autour des œuvres s’élèvent des voix. Des critiques, des écrivains, des commissaires d’exposition mettent des mots sur l’expérience esthétique.

Dans le cas de Bergman et de Hartung, cette production verbale fut profuse et diverse. Elle est tantôt dense, dure, drôle, déférente, et parfois dithyrambique. Dominique Aubier évoque ainsi « la parure des vérités profondes » à propos des surfaces métalliques de Bergman ; Pierre Daix écrit que, chez elle, « la lumière parle ». Madeleine Rousseau voit dans la virulence gestuelle de Hartung une « lutte avec la réalité », tandis que Pierre Cabanne, pour les années tardives, convoque un « admirable tremblement du temps » emprunté à Chateaubriand. Ces formules, souvent lettrées, parfois caustiques, cherchent chacune à saisir des tensions, des rythmes, des flux. Surtout, elles contribuent à la construction culturelle et historique des images.

À partir des archives accumulées par le couple, la Fondation a voulu faire entendre cette polyphonie. En parallèle de peintures, de dessins et d’estampes, le visiteur pourra découvrir et consulter la masse textuelle que leurs créations ont suscitée pendant plus de six décennies. Réapparaissent ainsi des signatures venues de journaux influents ou de revues plus discrètes, dont certaines ont été injustement éclipsées. On pense par exemple à Erich Lissner, Marie-Hélène Camus ou Raoul-Jean Moulin.

Les éloges presque unanimes dont finissent par bénéficier Bergman et Hartung n’ont pas été immédiats. Ils sont le point d’arrivée d’une trajectoire lente, faite d’hésitations, de résistances et de médiations successives. Avant que les mots n’atteignent leur pleine incandescence, il a fallu se confronter à des années d’errance, d’expérimentation et de scepticisme.

Bergman et Hartung ne doivent pas seulement leur place à la singularité de leurs recherches : ils ont aussi fait preuve d’une grande lucidité stratégique. Très tôt, ils comprennent qu’une œuvre circule grâce à un ensemble de relais et ils travailleront notamment à partir des années 1950 avec la puissante Galerie de France, dirigée par Myriam Prévot et Gildo Caputo. Ils choisissent donc avec soin leurs expositions, cultivent des alliances durables et mettent souvent leurs forces en commun. Sans céder aux modes ni aux pressions du marché, ils élaborent patiemment, au fil des années, les conditions mêmes de leur visibilité. Et font, eux aussi, entendre leurs voix…

 

 
Du 5 mai au 26 septembre 2025. 
Du lundi au vendredi de 10h à 18h.

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