REPERES BIOGRAPHIQUES ET PRINCIPALES EXPOSITIONS

ANNA-EVA BERGMAN

 

1909

Anna-Eva Bergman naît à Stockholm le 29 mai 1909, d’Edvardine Magdalene Margarete née Lund (1878-1966), dite Bao, norvégienne, diplômée de gymnastique orthopédique, et de Broder Julius Gustafsson Bergman, ingénieur suédois (1877-1959). Ses parents se séparent six mois après sa naissance et sa mère la ramène en Norvège dans le comté de Hardanger, berceau de sa famille.

 

1910-1924

Le père de Bao meurt en 1911. Anna-Eva a deux ans. Sa mère la confie à deux de ses sœurs, Inger et Hilda Lund, et part travailler en Angleterre. L’enfant, venue la rejoindre, supporte mal le climat, souffre de bronchite et doit rentrer en Norvège. Elle est alors confiée à une troisième sœur de sa mère, Sara, mariée avec Daniel Tønnessen, militaire de carrière; il sera le premier à l’encourager dans ses activités artistiques. Ils vivent d’abord à Fredrikstad, puis dans les environs d’Oslo. Anna-Eva reste chez eux de l’âge de trois ans jusqu’à quinze ou seize ans. Sa mère lui rend de rares visites et rentre en Norvège lorsque sa fille a douze ans. Très absorbée par son travail, elle ne la voit que les week-ends durant plusieurs années encore.

 

Anna-Eva et son Grand-Père, 1910

Anna-Eva et sa mère Bao, 1913

Inger et Hilda Lund 

1925-1928

En 1925, Anna-Eva Bergman entre à l’École d’État pour l’art et l’artisanat à Oslo puis intègre en 1927 l’Académie des beaux-arts dans la classe du professeur Axel Revold. En 1928, elle part avec sa mère à Vienne et s’inscrit à la Kunstgewerbeschule. Elle apprécie l’enseignement expérimental du professeur Eugen Gustav Steinhof proche de celui de l’école du Bauhaus. Elle dira plus tard qu’elle expérimentait alors des peintures totalement abstraites. Après trois mois, elle interrompt ses études pour des raisons de santé. Elle souffre de graves troubles digestifs qui la tourmenteront toute sa vie.

Des écrits (dès l’âge de 14 ans), de nombreux carnets de croquis (de 1923 à 1927) et une série de dessins à l’encre de Chine sur la condition de l’artiste (en 1927) témoignent de son sens de l’humour et de l’observation. En quelques traits, elle saisit un visage, une attitude, un mouvement…

Fru Juel og Bosse, 1923, mine de plomb et encre sur papier

 

Anna-Eva Bergman, Stockholm, 1927 

1929-1932

En avril, après une convalescence sur la Côte d’Azur avec Bao, Anna-Eva arrive seule à Paris. Elle s’inscrit à l’académie privée du peintre André Lhote et trouve ennuyeux son enseignement ; elle y restera deux mois. En mai, elle rencontre Hans Hartung. Les jeunes gens se fiancent à Dresde dès le 29 juin. Ils passent l’été à Leucate et se marient le 28 septembre 1929 en Allemagne. Le couple s’installe à Dresde chez le père d’Hartung jusqu’à la fin octobre 1932. Pendant ces trois années, ils voyagent beaucoup.

Anna-Eva Bergman et Hans Hartung, mariage, 1929

En 1930 et 1931, des dessins d’Anna-Eva Bergman sont publiés dans des périodiques viennois (Das interressante Blatt, Wiener illustrierte). En 1932, exposition personnelle d’Anna-Eva Bergman à la Galerie Kühl à Dresde, puis une autre avec Hans Hartung chez Blomqvist à Oslo. Ils vendent assez de tableaux pour s’offrir un séjour sur la côte sud de la Norvège et louer une maison dans l’île de Homborøya près de Grimstad. Le 23 septembre 1932 le père d’Hartung meurt ; ils rentrent à Dresde. Ils en repartent fin octobre pour Paris où ils s’installent chez Bao.

Homborøya, 1932

Anna-Eva Bergman, Homborøya, 1932

L’œuvre d’Anna-Eva Bergman est à cette période marquée par les artistes allemands de la Neue Sachlichkeit, comme George Grosz et Otto Dix. Elle pose un regard plein d’humour sur le monde qu’elle livre à travers des dessins de personnages emblématiques de la bourgeoisie allemande et française. Lorsqu’il s’agit de montrer son indignation ou de dénoncer l’injustice, elle passe de l’humour à la satire : c’est le cas dans ses dessins évoquant la montée du nazisme en Allemagne au début des années 1930, dans sa caricature du général Franco en 1935 ou dans sa série de caricatures des années 1941–1944 sur l’occupation allemande en Norvège.

 

1933-1934

Le couple s’installe à Minorque, aux Baléares. À proximité du village de Fornells, ils louent un terrain et se font construire une maison. Soupçonné d’espionnage, sous surveillance constante, il décide de quitter l’île.

La maison de Minorque, 1932

Anna-Eva Bergman et Hans Hartung, Minorque, 1932

Les peintures et aquarelles produites à Minorque montrent l’intérêt d’Anna-Eva Bergman pour le nombre d’or et l’architecture et annoncent les formes simples, construites de son travail futur. Elle y pratique conjointement le dessin, la peinture et l’écriture. Elle rédige son livre de cuisine Kasseroller, des recettes du monde entier accompagnées de petites histoires humoristiques sur chaque pays évoqué.

 

1935-1936

À Oslo, en janvier 1935, Anna-Eva Bergman vend au journal Aftenposten pour son hebdomadaire A-Magasinet deux articles illustrés « Menorca » (parution le 5 janvier) et « Paris » (parution le 4 mai). En février 1935, elle rejoint Hartung à Berlin où elle tombe malade et sera hospitalisée en septembre. En octobre, elle part pour Oslo et tente de publier le livre de cuisine qu’elle a écrit en Espagne. En vain. En novembre elle rejoint Hartung à Paris mais trois semaines plus tard, elle est opérée à Berlin, on lui enlève la vésicule biliaire. Ce n’est qu’en juin 1936, après une longue convalescence dans le Midi de la France, qu’elle retrouve Hartung à Paris. Durant l’été, ils séjournent en Norvège, dans le Hardanger, à Lofthus, dans une ferme prêtée par la famille d’Anna-Eva. Ils rentrent ensemble à Paris. À Noël 1936, elle retombe malade et doit, une nouvelle fois, se faire hospitalisée à Berlin.

Anna-Eva Bergman dans le Hardanger, 1934

 

1937-1938

En convalescence sur la Riviera Italienne, elle travaille à deux articles illustrés qui paraîtront dans A-Magasinet : « Italiensk riviera » le 27 novembre 1937 et « Alassio » le 15 janvier 1938. Le 14 avril 1937, depuis San Remo, elle envoie à Hartung une lettre de rupture. Le 26 septembre 1937, nouvelle opération à Berlin, où le divorce est prononcé le 1er mars 1938. Le 23 décembre 1938, Anna-Eva Bergman retrouve sa nationalité norvégienne (elle était devenue allemande lors de son mariage en 1929 avec Hartung).

A Magasinet, supplément de Aftenposten, n° 2 du 15 janvier 1938,Oslo

 

1939-1945

À partir d’août 1939 jusqu’à l’automne 1940, Anna-Eva et Bao habitent dans le Hardanger. Elle peint dans les montagnes des aquarelles d’après nature. Fin 1940, la mère et la fille s’installent à Oslo dans un appartement prêté par une des sœurs de Bao. En 1941, Anna-Eva Bergman reprend, ses recherches sur la section d’or dont l’intérêt remonte à ses années d’étudiante et au début de sa vie commune avec Hartung. Elle utilisera le nombre d’or comme cadre qui structure sa peinture jusqu’au début des années 1970. Elle publie des illustrations dans Allers en 1941 et 1942. Entre 1941 et 1944, elle réalise des dessins antinazis et sur l’occupation allemande en Norvège. À l’été 1941, elle envoie à l’éditeur Cappelen son manuscrit illustré, Somme mennesker er slike…, qu’elle vient juste d’achever. Il s’agit, entre fiction et réalité, d’une chronique humoristique de sa vie avec Hans Hartung, en particulier à Minorque. L’éditeur accepte les illustrations mais fait réécrire le texte par Hans Geelmuyden. Le livre est publié en 1942 sous le titre Turid i middelhavet avec un réel succès. Dès la sortie de son livre, elle rencontre l’architecte Christian Lange, avec qui elle se lie d’une profonde amitié. Il a restauré la cathédrale Nidaros à Trondheim avec son oncle Macody Lund, auteur d’un ouvrage paru en 1919, Ad quadratum, ouvrage qu’elle dit avoir étudié minutieusement, et où il est question de l’utilisation de la section d’or dans la conception et la construction de plusieurs cathédrales gothiques et notamment de celle de Trondheim. Elle partage avec Lange son intérêt pour la section d’or et la littérature allemande. Il l’initie à la technique de la pose des feuilles de métal, technique qui aura un rôle déterminant dans son travail futur. Le 13 février 1943, parait dans Kvinner og Klær un article illustré sur Turid i middelhavet. En 1944, elle se marie avec Frithjof Lange, ingénieur et peintre amateur, fils de l’architecte Christian Lange. Elle illustre le livre de son second mari, Seier’n er vår!, publié en 1945. On lui demande aussi d’illustrer d’autres livres comme Kathy, l’aîné de six de S. Coolidge, des revues, entre autres Vi selv og våre hjem (de 1945 à 1951), des journaux.

Turid i middelhavet, 1942

Seier’n er vår ! Grini-fange nr. 3685, 1945

1946-1949

Anna-Eva Bergman, de 1935 à 1945, s’est consacrée essentiellement à l’illustration et à l’écriture. En 1946, elle recommence à peindre avec intensité et s’engagera à la fin des années 40 dans une voie non figurative. Peinture et écriture sont étroitement liées, car au même moment elle reprend ses « carnets », commencés en 1941, qu’elle poursuivra jusqu’en 1951. Il s’agit de notes prises au jour le jour sur des questions théoriques ou techniques, de réflexions sur l’art, l’esthétique, la philosophie. Elle y formule l’orientation de ses recherches avec comme fondamentaux: la ligne et le rythme. Dans sa note du 18 octobre 1946, elle définit la ligne, qui crée le rythme, comme l’élément majeur de la composition, « le squelette indispensable de la peinture » qui ne doit pas dessiner des contours : « Il n’y a pas de contours, il y a seulement des passages d’une chose à une autre – de la lumière à l’obscurité – d’une couleur à une autre». Le 21 juillet 1947, elle décrit son processus de travail : « Quand je commence une œuvre, voilà ce qui est important pour moi, 1) Le format, 2) le rythme, 3) la composition, 4) le dessin, 5) les couleurs ». La fin des années 1940 marque donc un tournant majeur dans sa création. Elle invente et construit peu à peu un monde à elle, crée aussi sa première peinture à la feuille de métal. En 1951, elle abandonne définitivement l’illustration.

Anna-Eva Bergman, Citadelløya, 1949

1950

Au cours de l’été, elle fait un voyage en bateau le long de la côte norvégienne, visite les îles Lofoten, le Finnmark et les villes principales de la Norvège du Nord. Anna-Eva Bergman nous en livre un récit détaillé dans son journal Voyage au cap Nord. Elle y décrit la lumière et les paysages du Nord, mais aussi, les stigmates laissées par la guerre dans le beau paysage du Finnmark et dénonce la politique de reconstruction de la Norvège au détriment de la culture laponne : « […] Les montagnes semblent transparentes, plus rien n’a d’épaisseur. Tout est comme une vision d’avenir, une possibilité encore pas réalisée. Si l’on veut peindre cela il faut trouver l’expression qui suggère l’atmosphère, l’effet des couleurs. […] nous avons traversé le Finnmark jusqu’à Karasjok. […] on n’a fait que traverser un champ de bataille couvert de féraille rouillée – des carcasses de bateaux accrochées aux montagnes – des tanks et des voitures, des voitures et des tanks – des restes de baraquements et de gros rouleaux de fil de fer barbelé – des lits en fer et d’énormes squelettes en fer indéfinissables s’élevaient vers le ciel. […] C’est ici dans l’est du Finnmark que la guerre a fait le plus de dégâts. Karasjok, qui ressemble à un enclos d’alpage avec une église en miniature au milieu, a été totalement incendié à l’exception de l’église. Dans la plupart des villes du Finnmark il ne reste même pas un seul piquet de clôture. […] Toutes les maisons et toutes les habitations laponnes ont été détruites […] Une Laponne m’a montré sa contribution à la « reconstruction »: une « maison » faite de ses propres mains (la plupart habite toujours dans des baraquements) La « maison » était faite de planches, de caisses et de couvercles en carton et en papier goudronné. Les Lapons, en effet, n’ont plus le droit de construire leurs habitations traditionnelles – On veut les « civiliser » en les faisant habiter de « vraies » maisons – qu’ils attendent depuis 5 ans et continueront d’attendre bien longtemps. […]. »

En octobre, s’ouvre sa première exposition personnelle de peintures abstraites, à Unge Kunstneres Samfund (UKS) à Oslo. Dans la presse norvégienne, elle définit son travail comme une peinture non figurative ou un « art d’abstraire ».

Dagbladet, 5 octobre 1950, Oslo

Anna-Eva Bergman, 1950

1951

À la suite de son séjour à Citadelløya, elle réalise la série « Fragments d’une île en Norvège » dont est issu son premier motif : les pierres. C’est une transition capitale de son travail. Sa peinture évolue ensuite vers la recherche d’un nombre restreint de formes simples. Le 24 février 1951, elle écrit dans son carnet : « On doit pouvoir construire un monde pictural symbolique – par conséquent un symbole pictural – à partir du monde réel – avec toute sa beauté, ses luttes et ses souffrances – avec sa dynamique – ses rythmes, ses harmonies et ses disharmonies, […] ». Elle peint trois œuvres abstraites pour l’établissement thermal de Farris, à Larvik. Ces trois peintures appartiennent aujourd’hui aux collections du Musée national d’Oslo. Lors d’une exposition personnelle au Larvik Kunstforening, elle rencontre l’artiste Terry Haass qui devient l’une de ses plus proches amies.

Anna-Eva Bergman, 1951

1952

Anna-Eva Bergman part pour Berlin le 2 janvier avec l’objectif de rencontrer des historiens de l’art et des artistes, et d’adresser des récits de voyage aux journaux norvégiens. À Berlin-Lankwitz, elle rend d’abord visite à Will Grohmann. Il lui ouvre les ateliers des artistes les plus importants à travers toute l’Allemagne. Son article « Fragmenter av tysk kunst og kultur » illustré d’un de ses dessins – réalisé pendant son voyage –, paraît le 19 mai dans Morgenbladet : « Ce qui m’intéressait le plus c’était de retrouver les artistes et les intellectuels que j’avais connus – et d’apprendre ce qu’ils avaient vécu en tant que “dégénérés”. Comment vivaient-ils maintenant ? Que pensaient-ils ? […]». Elle arrive à Paris au début du mois de mars et s’installe chez son amie Terry Haass. Quelques jours après, elle retrouve Hans Hartung. Exposition au Salon de mai à Paris où elle exposera chaque année jusqu’en 1960, puis en 1967, 1968, 1975, 1978. Exposition personnelle au Kunstantiquariat Wasmuth à Berlin, organisé par Will Grohmann.

[Non titré], 1952, 17,80 x 21,40 cm, pastel et mine de plomb sur papier

Morgenbladet, Oslo, 19 mai 1952

1953

À Paris, le couple travaille à l’atelier de gravure Lacourière à Montmartre.  Le 16 mai, ils emménagent dans un logement-atelier 7 rue Cels.

Anna-Eva Bergman dans son atelier rue Cels, 1951

Exposition collective, à la galerie la Hune à Paris, des artistes de l’atelier Lacourière (avec Gérard Schneider, Gustave Singier, Pierre Soulages, Germaine Richier et Hans Hartung).

 

1954

Le 29 avril, Anna-Eva Bergman divorce de Frithjof Lange. Elle participe à plusieurs expositions collectives de gravure où sont réunis les artistes de l’atelier Lacourière, en Suisse, en Norvège et en Suède.

Parution, dans Art d’aujourd’hui, d’un article de Michel Seuphor, première critique qui décrit et évalue son travail.

 

1955

Expositions personnelles à Paris, de peintures à la galerie Ariel et d’eaux-fortes et bois gravés à la galerie

La Hune. Elle expose aussi ses gravures, au pavillon de la Norvège à la Biennale de Sao Paulo au Brésil et à la « Première exposition internationale de gravure » à Ljubljana, en Yougoslavie. Elle participera à toutes les biennales de Ljubljana jusqu’en 1979. Le critique Roger van Gindertael rencontre Anna-Eva Bergman dans son atelier et écrit un article sur sa peinture qui paraîtra dans la revue Cimaise en mai, puis dans la revue suédoise Konstrevy la même année.

 

1956

En novembre à Paris, Anna-Eva Bergman rencontre Ole Henrik Moe (1920-2013). Directeur du Henie-Onstad Kunstsenter de 1966 à 1989, il y organisa une importante exposition de ses peintures et estampes en 1979. Il est l’auteur de la première grande monographie sur l’artiste, publiée en 1990[1]. À la création de la fondation Hans Hartung et Anna-Eva Bergman à Antibes, en 1994, il devient membre du conseil d’administration.

 

1957

Le 20 février, Anna-Eva Bergman et Hans Hartung se remarient.

Anna-Eva Bergman et Hans Hartung, 1957

 

1958

Dans une série d’œuvres sur papier de même format, à la tempera et feuille de métal, Anna-Eva Bergman décline pour la première fois en peinture le répertoire de formes qu’elle a développé dans son travail depuis 1952: pierres, lunes, astres, planètes, montagnes, stèles, arbres, tombeaux, vallées, barques, proues, miroirs. Elle en fera un inventaire complet, à la fin des années 1960, sous forme de listes. Dessins et notes, de ces listes, détaillent ses thèmes, décomposent son alphabet, fabriquent des ensembles et montrent leurs transformations dans ses peintures et ses estampes. À Paris, première exposition personnelle de peintures à la Galerie de France : elle y exposera régulièrement jusqu’en 1977. Exposition personnelle de gravures sur bois à la galerie La Hune. À Munich, exposition personnelle de peintures à la galerie Van de Loo.

 

Exposition de la Galerie de France, Paris, 1958

1959

Le couple emménage rue Gauguet, près du parc Montsouris, à Paris. Anna-Eva Bergman dispose alors, pour la première fois depuis son retour en France, d’un grand atelier. Exposition de peintures à la galerie Lucien Blanc à Aix-en-Provence.

 

Anna-Eva Bergman et Hans Hartung rue Gauguet, 1962

1960

À partir des thèmes de sa série sur papier de 1958, elle exécute ses premières toiles de grands formats (200 x 300 cm).

Expositions personnelles d’estampes à New York puis à Florence et de temperas à Paris à la galerie La Hune.

 

1961

Le couple achète dans les hauteurs d’Antibes un terrain planté de pins et d’oliviers.

Expositions personnelles, de peintures et gravures à la galerie Kaare Berntsen à Oslo et de peintures à la galerie Tony Spinazzola à Aix-en-Provence.

 

1962

Dans ses peintures, Anna-Eva Bergman ajoute à son vocabulaire de formes un nouveau thème – l’horizon – Il n’apparaîtra que l’année suivante dans ses lithographies puis deviendra récurrent dans son œuvre peint et gravé.

Exposition personnelle de peintures à la Galerie de France à Paris.

Premier voyage à Carboneras en Espagne, Anna-Eva Bergman et Hans Hartung y retourneront régulièrement jusqu’au début des années 70 (1962,1963, 1964, 1966, 1970).

 

Anna-Eva Bergman dans son atelier rue Gauguet 1962

Exposition de la Galerie de France, Paris, 1962

1964

Le couple voyage en bateau le long de la côte norvégienne au-delà du Cap Nord et rapporte près de mille photographies. Dominique Aubier lui consacre une monographie qui est publiée dans la collection « Le Musée de Poche »[2].

 

Cap Nord, 1964

1965

Anna-Eva Bergman commence à travailler à partir des esquisses et des photographies de son voyage au Nord. Elle s’en servira pendant plusieurs années dans ses peintures. Les différentes versions de son motif Finnmark (le premier Finnmark en peinture date de 1951, après son voyage en 1950 au nord de la Norvège) en sont un exemple majeur : « C’est du Finnmark et de la Norvège du Nord que je rêve. La lumière me met en extase. Elle se présente par couches et donne une impression d’espaces différents en même temps très très près et très très loin. On a l’impression d’une couche d’air entre chaque rayon de lumière et ce sont ces couches d’air qui créent la perspective. C’est magique[3]. »

Elle réalise une série de peintures sur papier pour son projet d’illustration des textes de Jean Proal, L’Or de vivre.

 

1966

Bao, la mère d’Anna-Eva Bergman, décède à Oslo. Exposition personnelle de peintures à la galerie Cahiers d’Art à Paris. Rétrospective au Kunstnernes Hus à Oslo et au Bergen Kunstforening.

Catalogue de l’exposition de Oslo et Bergen, 1966

Voyage du couple à Minorque, Barcelone et Madrid.

 

1967

Expositions personnelles à la galerie Aronowitsch à Stockholm (peintures, œuvres sur papier, gravures, gravures sur bois, lithographies) et à la galerie Schmücking à Brunswick. Rétrospective au Museo Civico de Turin.

 

1968-1969

En 1968, débutent les travaux de construction de la maison et des ateliers à Antibes. Le thème de l’horizon se multiplie dans ses œuvres, cette année-là, sur toile ou papier.

Exposition personnelle de peintures (décembre 1968 – janvier 1969) à la Galerie de France à Paris. En 1969, elle devient chevalier de l’Ordre national du Mérite. À la Biennale de São Paulo, dans la section peinture, elle représente la Norvège.

 

Exposition à la Biennale de São Paulo, 1969

1970-1972

Au début de l’été 1970, le couple fait un voyage d’un mois en Espagne et au Portugal : Barcelone, Montserrat, Saragosse, Madrid, Avila, Alberca, Las Hurdes, Coibra, Barthala, Nazaré, Lisbonne, Séville, Cordoue, Antequera, Almeria, Carboneras, Lorca, Alicante, Valence, Barcelone. La même année, à la suite de ce voyage, Bergman produira une importante série d’encre de Chine sur papier « Pierres de castille ».

En décembre 1970, dans la revue xxe siècle, no 35, parution du seul article de fond consacré uniquement aux estampes, Anna-Eva Bergman navigateur solitaire, de Julien Clay.

Du 26 mai au 1 juin 1971, séjour du couple à Barcelone.

Exposition itinérante de lithographies et gravures sur bois en Norvège : en 1971 au Kragerø Kunstforening, en 1972 au Bergens Kunstforening, et au Larvik Kunstforening.

 

1973

Le couple s’installe dans sa propriété Le Champ des Oliviers, à Antibes.

Les œuvres d’Anna-Eva Bergman évoluent alors vers des formes de plus en plus simples et une gamme colorée plus restreinte. Elle abandonne la construction de ses toiles au nombre d’or et enrichit son vocabulaires de formes de deux thèmes : Vague et Pluie.

Le Champ des Oliviers à Antibes

1974

Publication chez Erker-Presse de L’or de vivre, recueil de poèmes de jean Proal illustré de onze gravures sur bois de Bergman. Exposition personnelle de peintures et gravures à la galerie Noella Gest à Saint-Rémy-de-Provence.

Gravures sur bois de l’Or de vivre, 1974

1975

Expositions personnelles, de peintures, au Centro Annunciata à Milan et, de gravures sur bois, à la galerie La Hune à Paris.

Anna-Eva Bergman dans son atelier à Antibes, 1975

1976

Du 28 mai au 9 juin, chez Erker à Saint-Gall, Anna-Eva Bergman exécute un nombre important de gravures sur bois. Elle travaille sur des plaques de bois soigneusement choisies où son intervention de plus en plus minimale fait la part belle à la structure du bois. Cette série de gravures sur bois sera la dernière de l’artiste dans les ateliers de Saint-Gall.

Anna-Eva Bergman chez Erker, Saint-Gall, 1976

Expositions personnelles de peintures et gravures à l’hôtel de ville de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume et de peintures à la galerie Sapone à Nice.

 

1977-1978

En 1977, expositions personnelles de peintures à la Galerie de France, d’œuvres sur papier au musée de l’Abbaye Sainte-Croix aux Sables d’Olonne. Rétrospective au musée d’Art moderne de la Ville de Paris (novembre 1977 – janvier 1978). En 1978, exposition personnelle de peintures, œuvres sur papier, gravures, gravures sur bois et lithographies à la Fritz-Winter-Haus, Ahlen.

Exposition au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, 1977/1978

1979

Rétrospective à Henie-Onstad Kunstsenter, Høvikodden et à Helsingsfors Stads Konstmuseum.

 

1980

Publication de Zwei Erzählungen, Erker-Presse, Saint-Gall, texte de Halldor Laxness illustré de neuf gravures sur bois de Bergman. Exposition personnelle itinérante en Norvège de peintures et gravures sur bois à Drøbak, Stavanger, Drammen et Ålesund.

page du livre Zwei Erzählungen, 1980

1981-1982

Expositions de peintures à la Kunsthalle de Düsseldorf et à la Staatsgalerie Moderner Kunst de Munich (décembre 1981 – février 1982).

 

1983

Exposition personnelle de peintures à la galerie Sapone à Nice : « Une rigueur toujours plus grande, jusqu’à l’extrême dépouillement ; une simplification continue des moyens employés, jusqu’à l’abandon parfois des feuilles d’or et d’argent – depuis plus de vingt ans la marque de son travail – font aujourd’hui de la peinture d’Anna-Eva Bergman une œuvre singulière. Par la permanence des thèmes – barques, horizons ou montagnes – liés tout autant à ses origines norvégiennes qu’à un sens dramatique de l’existence et de la mort, elle participe de la tradition romantique des peintres nordiques, par l’ascèse de l’écriture, la monumentalité des œuvres c’est à l’inverse qu’elle tend : au fait plastique pur, au caractère impersonnel des créations minimalistes. Cette rare contradiction […] situe l’œuvre d’Anna-Eva Bergman au cœur du problème le plus actuel de l’art contemporain : la relation entre la forme et le sujet qui est le débat même de toute notre modernité[4]. »

Exposition personnelle de peintures à la Fritz-Winter-Haus à Ahlen.

 

1984

Anna-Eva Bergman devient membre titulaire de l’Académie européenne des sciences, des arts et des lettres.

Exposition personnelle de peintures à la galerie MB Art à Stuttgart.

 

1985

Exposition de tapisseries et gravures sur bois (avec Hans Hartung et Gottfried Fabian) au musée Picasso, Antibes.

 

1986

Grande exposition personnelle au musée Picasso à Antibes (trente-neuf peintures de 1947 à 1983). Expositions personnelles : galerie Daniel Gervis (peintures), Paris ; Galleri Langegården (peintures et gravures sur bois), Fjøsanger et Nordens Hus, Reykjavik (gravures sur bois).

 

1987

Exposition personnelle de peintures à la Hochschule für Angewandte Kunst à Vienne.

Catalogue de l’exposition à la Hochschule für Angewandte Kunst, Vienne, 1987

Anna-Eva Bergman décède le vendredi 24 juillet à l’hôpital de Grasse.

 

[1] Ole Henrik Moe, Anna-Eva Bergman: Liv og verk / Vie et œuvre, Oslo, Dreyer, 1990.

[2] Dominique Aubier, Anna-Eva Bergman, Paris, Éditions Georges Fall, coll. « Le Musée de Poche », 1964.

[3] Interview accordée à A-magasinet, 21 avril 1979.

[4] Daniel Abadie, « Anna-Eva Bergman », Galerie des Arts, no 220, décembre 1983 – janvier 1984.