OEUVRES

L’oeuvre de 1929 a 1938

Dans la période d’avant-guerre, l’œuvre d’Anna-Eva Bergman est encore exclusivement figurative. Les dessins qu’elle fait à partir de 1929, à la limite de la caricature, donnent une image piquante du milieu bourgeois de son époque. Son style, au début de cette période, est très marqué alors par les artistes de l’école allemande de la « neue Sachlichkeit », comme Georg Gross et Otto Dix, à la différence qu’elle aborde ses personnages sous un angle moins dur, plus humoriste et satyrique. Ensuite, son trait dans ses illustrations sera très différent de celui des dessins du début des années 30 : Elle travaille en un seul trait, légers, simples, parfois rehaussés de couleurs primaires. Elle illustre en 1938 dans ce même style si vif le livre de cuisine Casseroles qu’elle a écrit en Espagne et n’a pas réussi à publier. Parmi les œuvres à l’huile les plus importantes de cette première époque, il faut compter les études qu’elle réalisa sur l’architecture à Minorque, dans les années 1933-34. Elle y exprime son amour pour l’architecture et la forme exacte. Dans une certaine mesure, les tableaux de Minorque annoncent les « formes claires » qu’elle peindra par la suite : murs, miroirs, falaises. Pour l’instant, elle utilise les murs et les façades comme prétextes à la représentation de surfaces géométriques. La clarté dans ses dessins et ses peintures est le trait commun de son art avant et après-guerre.

sélection

5588-2

[Non titré],1929, 33 X 21.10 cm, encre de chine sur papier

 

3435-151

Tysk familie på søndagstur, 1930, 21 X 26.30 cm, encre de Chine sur papier

 

3209

[Non titré], 1931, 55 X 46 cm, tempera sur toile

 

5588-35

[Non titré], 1931, 31 X 24 cm, aquarelle sur papier

 

3436-14

[Non titré], 1933, 50 X 84 cm, huile sur toile

 

4981

[Non titré], 1933, 50 X 80 cm, huile sur toile

 

0384-7

A Magasinet, supplément de Aftenposten, n° 18 du 4 mai 1935, Oslo

 

0384-9

A Magasinet, supplément de Aftenposten, n° 48 du 27 novembre 1937,Oslo

 

3475-13

America USA 1, 1938, 22.80 X 30 cm, encre de Chine et aquarelle sur papier

 

3475-1

Norvège 1, 1938, 20.40 X 26.90 cm, encre de Chine sur papier

L’oeuvre de 1939 a 1951

Son retour en Norvège en 1939 sera le tournant le plus décisif de toute sa vie créatrice et doit être considérée comme une véritable métamorphose. Elle a maintenant une perception très différente d’elle-même et de son art à la suite d’une période de lectures intenses et approfondies sur l’art et l’architecture, la philosophie et l’histoire des religions. Encouragée par Christian Lange, elle a fait des recherches en mathématiques, en géométrie, sur la section d’or, et elle a appris une nouvelle technique « très ancienne » (la dorure à la feuille). Entre 1946 et 1951, elle se met à tenir un journal. En réalité, il s’agit moins d’un journal que de réflexions sur l’art, l’esthétique, la philosophie, de notes sur des questions théoriques ou techniques qui surgissent au cours du travail artistique. Vers la fin de 1949, elle se lance dans l’abstraction. Au cours de l’été 1950, elle fait un voyage en bateau le long de la côte norvégienne, au cours duquel elle visite les îles Lofoten, le Finnmark et les villes principales de la Norvège du Nord. Voyage qui sera une expérience cruciale pour le développement de son œuvre. L’année suivante, elle commence à travailler à partir des impressions qu’elle a gardées de son séjour à Citadelløya et du paysage de roches de granit du comté de Vestfold. La structure des rochers se fond dans son abstraction, et son style s’affermit de cette sorte de « retour à la nature ». Les tableaux de la série « Fragments d’une île en Norvège » sont une transition capitale vers l’œuvre de sa maturité.

sélection 

3439-7

[Non titré], 1949, 25.10 X 22.80 cm, aquarelle et mine de plomb sur papier

 

4972

N°155-1950 Composition, 1950, 35 X 27 cm, huile sur panneau de bois isorel

 

4970

N°159-1950 Gilgamesh N°1, 1950, 41 X 33 cm, tempera et feuille de métal sur panneau de bois isorel

 

4989

N°27-1951 Fyrtårn (Konvensjoner), 1951, 41 X 33 cm, tempera sur panneau de bois isorel

 

4038

N°31-1951 Sort stilistisk (sort hvidt oker), 1951, 46 X 38 cm, tempera sur panneau de bois isorel

 

0238

N°32-1951 Fragment d’une île en Norvège, 1951, 38 X 46 cm, tempera sur panneau de bois isorel

 

4961

N°35b-1951 Komposisjon fra Citadellet, 1951, 33 X 41 cm, tempera sur panneau de bois isorel

 

3435-77

[Non titré], 1950, 36 X 54 cm, tempera, encre de Chine et mine de plomb sur papier

 

5682-3

Fragment d’une île en Norvège, 1951, 36 X 54 cm, mine de plomb sur papier

 

 5226-2

[Non titré], 1951, 21 X 28.50 cm, aquarelle et encre de Chine sur papier

L’oeuvre de 1952 a 1972

C’est à Paris, en 1952, que la pierre – la première, polie par l’eau – apparaît dans un grand nombre de croquis à l’aquarelle, à la gouache ou au lavis. Au départ, c’est une pierre toute simple qui remplit toute la feuille. Monumentale par la forme, avec une indication de volume dans la modulation de la couleur gris-brun. Par la suite, des combinaisons de plusieurs pierres sont ordonnées sur la feuille ou la toile en groupes rythmiques. Peu à peu, les pierres se transforment, de nouveaux motifs apparaissent entre 1953 et 1955. Certaines pierres prennent la forme d’arbres, de griffes, ou encore de corps célestes. Un trait commun à ces formes est leur lourdeur monolithique, monumentale, et le fait qu’elles sont isolées, sans lien à un quelconque contexte. Elles se détachent en général sur le fond comme des silhouettes solitaires. Elles ont parfois une indication de volume, parfois deux motifs sont reliés, mais elles apparaissent toujours comme des corps simples flottant dans un espace neutre. Ensuite s’ajoute une série de motifs inspirés du paysage norvégien. On dirait qu’elle a emporté avec elle une sorte d’essence de son pays, sous la forme d’archétypes, surtout des paysages tels que montagnes, fjords, glaciers, lacs, chutes d’eau, falaises, mais aussi des figures issues de la mythologie norvégienne comme le « draug » – cette moitié de barque qui annonce une mort prochaine – et la stèle. Les feuilles de métal, qu’elle applique sur la toile avec sa technique très particulière, donnent à sa palette lumière et couleur.

sélection

5689-98

[Non titré], 1952, 21 X 28.50 cm, tempera sur papier

A

0255

N°5-1952 Deux formes noires, 1952, 130 X 97 cm, huile sur toile

A

4018

N°9-1955 Lune d’argent avec forme d’or, 1955, 97 X 130 cm, huile et feuille de métal sur toile

A

4381

N°4-1957 La grande montagne d’argent, 1957, 162 X 130 cm, tempera et feuille de métal sur toile

A

3079

N°10-1957 Grand arbre, 1957, 195 X 130 cm, tempera et feuille de métal sur toile

A

0269

N°13-1960 Le tombeau de Théodoric, 1960, 200 X 250 cm, tempera et feuille de métal sur toile

A

4420

N°20-1960 Miroir d’or sur fond rouge, 1960, 195 X 114 cm, tempera et feuille de métal sur toile

A

4424

N°12-1964 Barque II, 1964, 97 X 195 cm, vinylique et feuille de métal sur toile

A

4447

N°12-1967 Grand Finnmark rouge, 1967, 150 X 300 cm, vinylique et feuille de métal sur toile

A

0262

N°2-1968 Fjord, 1968, 130 X 162 cm, huile et feuille de métal sur toile

A

4388

N°49-1969 Paysage nordique, 1969, 146 X 97 cm, vinylique et feuille de métal sur panneau de bois contreplaqué

A

4417

N°46-1971 Crête de montagne II, 1971, 150 X 200 cm, acrylique et feuille de métal sur toile

L’oeuvre de 1973 a 1987

Ses œuvres des dernières années, les années d’Antibes, dans des formats de plus en plus grands ou très petits comme les séries qu’elle nomme « mini peinture », évoluent vers une simplification toujours plus poussée des motifs, un polissage toujours plus précis des formes, une homogénéisation de la couleur et une uniformisation des surfaces. Les surfaces se confrontent dans leur pureté : argent ou or sur fond bleu, rouge, noir, ocre. De même dans les tableaux représentant des vagues ou la mer, nouveaux motifs inspirés de la Méditerranée. L’horizon est réduit à un simple trait, comme les chaînes de montagnes. Le fjord devient un mince ruban dominé par de sombres surfaces horizontales. Ou bien une bande étroite entre des falaises abruptes, verticales, baptisée « crevasse » ou « fente ». Le lac de montagne se transforme en étroit polygone argenté sous la crête noire d’une montagne. Entre les blocs coniques des montagnes on distingue un glacier d’argent. La demi-barque « draug » fend la surface du tableau en un triangle acéré. La nature est simplifiée jusqu’à une formule aux interprétations multiples. C’est parfois une simple ligne noire sur une toile blanche, parfois deux formes noires l’une contre l’autre – une crevasse sans fond, des horizons, une ligne de collines, une rayure d’argent. Dans ces lignes et ces surfaces simples, on trouve la quintessence de ses expériences esthétiques, de ses lectures, de ses études de géométrie, de la section d’or, de la philosophie, de la religion. Elle veut refléter certaines des lois fondamentales qui gouvernent l’univers, le cosmos, avec à l’arrière-plan, en point d’orgue solennel, le souvenir du paysage norvégien, la montagne, les vastes étendues, le fjord, le soleil de minuit et surtout la lumière. Comme elle le dit dans une interview accordée à A-magasinet le 21 avril 1979 : « c’est du Finnmark et de la Norvège du Nord que je rêve. La lumière me met en extase. Elle se présente par couches, et donne une impression d’espaces différents qui sont en même temps très près et très loin. On a l’impression d’une couche d’air entre chaque rayon de lumière et ce sont ces couches d’air qui créent la perspective. C’est magique. »

sélection

3092

N°17-1974 Pluie, 1974, 100 X 81 cm, acrylique et feuille de métal sur toile

A

4373

N°16-1975 Fente, 1975, 180 X 142 cm, acrylique et feuille de métal sur toile

A

3064

N°3-1975 Espace argent, 1975, 65 X 92 cm, acrylique, modeling paste et feuille de métal sur toile

A

4367

N°17-1976 Nunatak II, 1976, 250 X 200 cm, acrylique et feuille de métal sur toile

A

4413

N°57-1978 Montagne en une ligne, 1978, 150 X 200 cm, acrylique sur toile

A

3258

N°24-1981, 1981, 200 X 250 cm, acrylique et feuille de métal sur toile

A

0268

N°25-1981 Lac II, 1981, 200 X 250 cm, acrylique et feuille de métal sur toile

A

3094

N°6-1982, 1982, 81 X 100 cm, acrylique sur toile

A

3061

N°39-1983, 1983, 81 X 100 cm, Acrylique sur toile

A

3222

N°20-1987, 1987, 81 X 100 cm, acrylique et feuille de métal sur toile